lundi, 06 août 2007

Décès cinématographiques

Des trois décès cinématographiques survenus la semaine dernière, on parlé surtout de celui de Michel Serrault. S'il fut un excellent acteur et de surcroît un homme respectable, ce qui n'est pas donné à tout le monde, il est à mes yeux, moins important que les deux autres. Mais proximité oblige.
Prenons d'abord Ingmar Bergman immense metteur en scène mais dont l'oeuvre est une profanation consciente du christianisme, une destruction systématique du sacré. Je préfère encore un Gurdjieff qui profane par ignorance ou par idiotie, incapable de distinguer ce qui peut être révélé à un non-initié de ce qui doit lui être caché.
Chez Bergmann pas de nuance, on piétine la mort («Cris et chuchotements»), on vénère l'adultère («Sourires d'une nuit d'été» où une jeune mariée perd sa virginité avec un autre homme que son mari), on pactise avec le Diable («Le septième sceau» où on emprunte au merveilleux de «Le songe d'une nuit d'été» pour mieux piétiner la foi.). La première fois que j'avais vu «Le septième sceau», j'avais été terriblement troublé. La deuxième fois j'y ai vu une oeuvre sans souffle. Je me demande où est le vrai: une oeuvre sataniste sans souffle, est-ce possible?
Quant à Antonioni, il est le moins italien des metteurs en scène venant d'Italie. Autant Fellini, De Sica, Visconti et même Risi et Rosi, ne peuvent se départir de leur origine (mais essayent-ils de le le faire?), autant Antonioni est presque gêné par cette langue. Il n'est donc finalement pas surprenant que son oeuvre la plus aboutie, ait été tournée à Londres en langue anglaise. «Blow up», quarante ans après, a conservé tout son charme. Sa lenteur poétique sert habilement son scénario. La scène du décryptage de la photo (qui dure bien dix minutes) par David Hemmings a inspiré plusieurs metteurs en scène (Brian de Palma dans «Blow out» hommage avoué et Dario Argento dans toute son oeuvre: notamment avec David Hemmings qui reprendra un rôle équivalent dans «Les frissons de l'angoisse»). Le reste de ses films, n'a jamais atteint ce niveau: «L'aventura» préocupation de gosses de riches, «Identification d'une femme» faux polar ennuyeux au possible, ne valent pas leur bonne réputation. Mais bon un chef-d'oeuvre, c'est déjà pas si mal.

78946b73bbea649d6fd8369de1afed10.jpg






Cadichon

Commentaires

J'ai bien peur pour vous que le sens de l'oeuvre de Bergmannn vous ai échappé tout autant que vous échappe le sens profond du Christianisme. "Sous le soleil de Satan" ou "les fleurs du mal" furent en leurs temps mis au pilori par de faux Chrétiens qui n'avaient pas compris que la fidélité au seigneur implique une fréquentation intime avec le malin.

"«L'aventura» préocupation de gosses de riches", dites vous....La "recherche du temps perdu" est une compilation de préocupation de gosses de riches, et l'art et l'introspection sont pour l'essenciel des préocupations de de gosses de riches. Si Proust avait eu soif de revanche social et aurait dut se lever le matin pour gagner son pain, il nous aurait laissé "Germinal", un livre de géhéno ou une autre merde de ce genre.
Je crois qu'il n'y a rien a jeter dans l'oeuvre d'Antonioni.

Ecrit par : xp | mardi, 07 août 2007

Encore un point de desaccord, à propos de Serrault:Son ami Mocky s'est insurgé contre ces clichés de Serrault "homme respectable, authentique et proche de son puplic":c'était un caracteriel imprévisible et violent dans ses rapports avec ses semblables, égocentrique au possible, injuste, quelquefois méchant...Tout ce qu'il ne faut pas être pour faire expert comptable ou préposé des postes, mais tous ce qu'il faut pour faire un génie. Songez qu'il quittait des plateaux en milieu de tournage ou faisait virer des figurants dont la tête ne lui revenait pas...C'est hallucinant de vouloir que les gens d'exceptions ressemblent à l'homme des foules. Songez encore qu'il poursuivait Luccini de sa haine simplement parce que l'autre avait dit un jour "lorsque j'ai crée Knock au théatre...", en oubliant une fois de mentionner qu'il avait joué cette pièce avant lui.

Ecrit par : xp | mardi, 07 août 2007

Pour ce qui est de la fréquentation du Malin, je vous fais confiance.

Ecrit par : Cadichon | mercredi, 08 août 2007

Merci:)

Ecrit par : xp | mercredi, 08 août 2007

On ne serait mieux dire pourquoi on ne peut pas avoir des préoccupations de Chrétiens sans être boulversé par " le septième sceau" (à noter que l'auteur est une élève de René Girard):


"La Symphonie Fantastique, le Septième Sceau : danse macabre et fin du monde
Dans la Symphonie Fantastique, Hector Berlioz utilise au coeur du drame musical d'un amour malheureux pour une jeune fille le thème du Dies Irae, Dies Illa, issu de la messe, mais référant directement à l'Apocalypse en termes de punition : "Jour de colère que ce jour-là". Le thème est repris sur un rythme piqué puis à contre-temps, transformant le chant triste et solennel en une danse diabolique, bientôt connotée par la sonnerie de douze coups de cloche qui la transforme ainsi en une danse des morts. Mort individuelle ou collective, épidémique, évoquée par la transmission de la maladie liant par la main malades, vivants et morts. Le film de Bergman Le Septième Sceau, reprend de façon similaire la thématique de la maladie épidémique annoncée par le texte de la Révélation pour l'illustrer par une danse macabre finale où la mort ayant enfin rejoint le cavalier de l'Apocalypse, elle entraîne tous les hommes dans sa danse infernale. L'Apocalypse est, dans ces deux cas, une source de tension, d'angoisse, fondée sur des peurs primitives de mort individuelle et de peur de la maladie. La résignation qui suit la danse macabre dans la symphonie de Berlioz ou le film de Bergman n'est qu'une demi-résignation, celle du spectateur confronté à un destin, mais peu enclin à accepter le sort du personnage disparu sous ses yeux. Ainsi le destin collectif et imaginaire est devenu en quelques associations un destin individuel et inexorable. L'eschatologie atemporelle s'inscrit dans un réel si proche qu'elle suscite à la fois l'identification et le rejet, et par conséquent la fascination morbide. Il est certain que ces deux oeuvres artistiques ont le mérite de refléter ce que devait être la représentation imaginaire du Jugement dernier au Moyen Age, encore enclin à lire le monde comme un livre où s'inscrivaient les signes décrits par les textes, encore porté à ne voir dans la réalité que la mise en scène du sacré, parce que la difficulté quotidienne était déjà génératrice d'angoisse : "[La] panique va projeter les fidèles de l'ancienne religion dans une violence prophétique, violence qui les fera agir avec Dieu, dans Dieu ;[...]" (Denis Crouzet, Les Guerriers de Dieu) . La création artistique, en proposant une expression de ces craintes primaires, propose un sens au non-sens, une expression à l'inexprimable, une structure à ce qui apparaît comme un chaos. Cet apport permet d'expliquer, selon une autre perspective, l'ambivalence entre attraction et crainte du spectateur pour l'oeuvre inspirée par l'Apocalypse."

Yona dureau

Ecrit par : xp | vendredi, 10 août 2007

Je n'ai jamais apprécié "La symphonie fantastique". Néanamoins je n'en ai jamais voulu à Berlioz au point de lui mettre "Le septième sceau" sur le dos.

Ecrit par : Cadichon | vendredi, 10 août 2007

"Néanamoins je n'en ai jamais voulu à Berlioz au point de lui mettre "Le septième sceau" sur le dos."

Un peu court, jeune homme!

(J'ai d'ailleurs mis le tete intégral chez Nébo, je vous le conseille, et je doute fort après sa lecture complète, vous pourrez douter que l'oeuvre de Bergman s'inscrit dans la tradition Apocalyptique, et qu'elle est donc authentiquement Chrétienne. Bergman ne l'était pas (plus?) , apparemment, mais peu importe, car les oeuvres d'arts n'ont pas vocation à être préscriptives et témoigner des convictions de leurs auteurs, mais s'exprimer à travers eux et en dépit de ce qu'ils pensent. On peut même dire que leur rejet de la foi peut s'avérer être un témoignge spirituel d'une grande portée.

Ecrit par : xp | vendredi, 10 août 2007

Bonjour Cadichon: la présente conversation viens de me revenir en mémoire avec un texte que viens de m' envoyer Restif sur la problématique de l'identification de Jésus et de Satan, thème profondément Chrétien qui est au coeur du "septième sceau".
Bonne lecture:

Le symbolisme de l’apparition trouve dans les paroles prononcées par la Vierge à la Salette l’occasion d’une méditation herméneutique sur le monde des signes, l’énonciation (vox dei = Vierge) garantissant le discours. De là, l’histoire même sera décryptée, la sémiosis bloyenne se construira sur cette lecture parabolique des signes. Tout évènements en effet est un signe qui renvoie au même, un sémème à l’intérieur d’un système sémiotique qui a nom Logos : l’Histoire n’est que l’hypostase du Logos. Pour Bloy, le point central de l’histoire c’est, plus encore que le péché originel, l’Incarnation et la crucifixion (ce qui est d’ailleurs une position patristique,cf S. Augustin sur le péché originel : « felix culpa », oui, la faute est heureuse qui a conduit à l’hypostase de Dieu dans son Fils bien aimé). Dans sa tentative d’expliquer le problème du mal, 12 ans avant Le salut par les juifs, Bloy en arrivait déjà à formuler une étrange identité des contraires qui deviendra centrale dans son œuvre (identité qui est cependant bien loin chez lui d’induire un relativisme quant au dogme, encore moi d’excuser la faute humaine. Seul Dieu peut s’« approprier » sans danger l’essence du mal.). Bloy :
« Dans le plan de la Rédemption, le Verbe du Père ayant été substitué au Démon, lui-même devait nécessairement, après avoir assumé toute malédiction, par la plus sage folie, être fait par un divin mensonge le péché lui-même. En conséquence, la malédiction contre le Serpent devait s’accomplir en lui dans toute la mesure de l’Incarnation et jusqu’au point précis où la Divinité lasse de ce travestissement d’infamie interviendrait pour faire éclater tous les sépulcres des pécheurs par la seule Résurrection de ce Christ glorifié que Saint Paul appelle les Prémisses des dormants ». (Symbolisme de l’apparition, p.100)
Pierre Glaudes a analysé ce passage avec une rare acuité : « Jésus, à un certain moment de sa mission est donc identique à Satan qui représente lui-même la face sombre de l’humanité, son désir sacrilège et sa soif de divinité. En mourant, le christ entraîne dans le tombeau cette figure de la révolte et assure la victoire de l’homme contre le mal qui est en lui. Car telle est l’ambivalence du sacré dans le sacrifice : comme le rappel le double sens étymologique (sacer qui désigne à la fois le pur et l’impur, le coupable réprouvé et le saint innocent) est sacré celui qui, en subissant son sacrifice, opère symboliquement par l’effusion de son sang, une mystérieuse conversion du bien en mal, de sorte qu’il peut figurer, en même temps ce qu’il souille et ce qu’il sauve. » L’œuvre romanesque de Léon Bloy, « Littérature et herméneutique », Presse universitaire du Mirail, 2006, p.263-264 Le texte de Pierre Glaudes est d'une grande portée, (il s'appuie certes sur la remarquable thèse de Bernard Sarrazin L'interprétation symbolique de Léon Bloy) parce que dans ce texte de 1880 il perçoit les fondements de la formidable énigme bloyenne et s’affronte aux racines de ce qui fait problème chez Bloy : l’identité mystérieuse qu’il perçoit entre ce « Paraclet » qui « est tellement l’Ennemi, tellement l’identique de ce LUCIFER qui fut nommé Prince des ténèbres qu’il est à peu près impossible –fut-ce dans l’extase béatifique – de les séparer.» (Salut par les juifs). Enigme que redouble ce qu’il écrit dans le même livre : « Oserait-je dire fut-ce avec des timidités des prudence de Colombe ou des de serpent, au risque de passer pour un misérable fomentateur de sophisme hétérodoxe, le conflit adorablement saint de Jésus et de l’Esprit Saint». Toute l’interrogation bloyenne sur la « translation des figures en chair (cf Désespéré) , sur les raisons de l’échec apparent de Dieu dans le monde, sur la Parousie et sa constante attente du Paraclet qui doit en être le déclencheur ( « celui qui doit venir » trouve là sa base « théologique ». C’est parce qu’il fut dès sa première tentative sérieuse de peser le mal confronté à ce scandale de l’identité des contraires que Bloy laisse subsister un doute sur la nature de « celui qui doit venir », ce deus ignotus qui marquera le début de la fin des temps. Voir dans les Histoires désobligeantes « Propos digestif » - « Quelqu’un qui ne sentait pas bon fit son entrée ( cf l’article de R. Griffith sur ce sujet in Cahier de l’Herne 1988)

Ecrit par : XP | mardi, 09 octobre 2007

Ecrire un commentaire